La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a dénoncé ce vendredi 23 octobre les restrictions du droit de manifester, qu’elle juge dangereuses pour la démocratie, et appelé les travailleurs à se mobiliser le 5 novembre prochain face à la crise du pouvoir d’achat et au refus du patronat d’augmenter les salaires.
Invitée ce vendredi matin sur le plateau de Franceinfo, la responsable syndicale a exprimé ses inquiétudes liée à la multiplication des interdictions de manifestations dans plusieurs villes françaises.
« La liberté de manifester, c’est le fondement d’une démocratie, c’est ce qui fait la différence entre une démocratie et une dictature », a-t-elle affirmé.
Sophie Binet a estimé que le gouvernement pouvait mettre fin aux mobilisations en répondant aux revendications sociales.
« S’il veut annuler les manifestations ce week-end, il a la solution. Il suffit de répondre immédiatement aux revendications et il n’y aura pas de manifestations ce week-end », a-t-elle déclaré.
« Un tournant qui est inquiétant »
Sophie Binet reconnaît la gravité des violences survenues lors des rassemblements précédents, mais elle met en cause la politique gouvernementale et la gestion du maintien de l’ordre.
Selon elle, les tensions actuelles sont le résultat de plusieurs années de colère sociale, nourrie par « dix ans de violences macronistes, de passage en force, de mépris, d’humiliation des travailleurs et des travailleuses ».
Elle critique également les interdictions visant des rassemblements, notamment dans certaines villes où des parcours avaient pourtant été déposés. Elle conteste l’idée selon laquelle les organisations syndicales seraient les seules à pouvoir encadrer les manifestations en toute sécurité.
« Les organisations syndicales ne peuvent pas avoir le monopole du droit à manifester », insiste-t-elle, rappelant que « les associations, les partis politiques, les citoyennes et les citoyens ont aussi le droit d’organiser des manifestations ».
Pour la secrétaire générale de la CGT, la liberté de manifester ne doit pas dépendre de l’appartenance à une organisation syndicale ou politique. Elle considère que les restrictions actuelles risquent de créer un précédent préoccupant pour les libertés publiques.
La CGT appelle à généraliser la grève le 5 novembre
Au-delà de la défense du droit de manifester, Sophie Binet souhaite donner un nouvel élan à la mobilisation sociale. La CGT appelle les salariés à se réunir dans leurs entreprises afin de débattre de leurs revendications et de décider collectivement d’une grève le 5 novembre.
Interrogée sur la possibilité d’une grève générale, elle précise la stratégie syndicale : « Nous appelons à généraliser la grève. Il faut être précis sur les termes, ce n’est pas exactement la même chose. »
Elle explique que la mobilisation doit se construire directement sur les lieux de travail, à travers des assemblées générales. À titre d’exemple, elle cite les salariés de l’Arsenal de Toulon, qui ont décidé de faire grève pour obtenir un treizième mois. Elle dénonce également le gel du point d’indice des fonctionnaires, qui concerne notamment les ouvriers d’État du secteur de la défense.
L’objectif est de multiplier les mobilisations pour obtenir des avancées concrètes sur les salaires et les conditions de travail.
« La France est maintenant un pays de bas salaires »
La question du pouvoir d’achat occupe une place centrale dans les propos de Sophie Binet.
Alors que le président du Medef, Patrick Martin, s’oppose à une hausse du SMIC, estimant qu’elle pourrait fragiliser les entreprises, la dirigeante syndicale juge cette position inacceptable.
« Il faut arrêter le mépris pour les travailleurs et les travailleuses », lance-t-elle.
Elle défend les augmentations salariales comme une juste reconnaissance du travail fourni : « Augmenter les salaires, c’est reconnaître notre travail, c’est notre travail qui crée les richesses. »
Selon elle, les rémunérations n’ont pas retrouvé leur niveau de 2020, tandis que les prix des loyers, des carburants et des produits alimentaires continuent de peser sur les ménages. « On ne vit pas avec le SMIC aujourd’hui au vu de l’explosion des prix », affirme-t-elle.
La CGT soutient ainsi une augmentation de 10 % du SMIC, l’indexation des salaires sur les prix et le blocage des tarifs de certains produits de première nécessité, notamment les carburants et les produits alimentaires.
Sophie Binet rejoint également la demande d’une revalorisation du salaire minimum défendue par la CFDT, tout en estimant que les grandes entreprises disposent de marges de manœuvre suffisantes pour améliorer la rémunération de leurs salariés.
La secrétaire générale de la CGT conteste par ailleurs l’argument du patronat selon lequel les entreprises ne seraient pas en mesure d’augmenter les salaires. Elle dénonce les aides publiques versées sans contreparties et réclame un changement de politique.
« Il y a chaque année 211 milliards d’euros d’aides sans conditions ni contreparties pour les entreprises qui sont captées par les plus grandes entreprises », affirme-t-elle.
Pour Sophie Binet, ces aides doivent être réorientées vers les entreprises qui en ont réellement besoin et conditionnées à des engagements précis, notamment en matière d’emploi et de rémunération.
La responsable syndicale appelle donc le gouvernement et le patronat à agir rapidement face à la dégradation du pouvoir d’achat. À ses yeux, la réponse à la crise sociale passe autant par des mesures économiques immédiates que par le respect des libertés démocratiques.
À l’approche du 5 novembre, la CGT entend ainsi placer les salaires, l’emploi et le droit de manifester au cœur de la mobilisation, en misant sur une participation massive des travailleurs.